En un mot avec : @pangea – quand les photographes shootent des sneakers

Amadeus Thüner · 30.05.2018 · Mis à jour le 16.04.2020 · interviews

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Que la photo de sneakers soit un sujet passionnant, nous avons pu le découvrir en dernier grâce à nos interviews avec Sascha Priesters alias @themoldernway et Tino alias @jvstakid. Mais jamais deux sans trois et nous voulons donc éclairer le thème de la photo de sneakers avec une interview supplémentaire.

Partie 3 : @pangea

Pour bon nombre de passionnés de sneakers et de streetwear, Johannes Höhn fait partie des photographes qui ont poussé la porte des photos de baskets fraîches sur Instagram il y a déjà des années. Pendant des années, le Colonais a convaincu avec des shots lifestyle créatifs, aujourd'hui son compte est avant tout synonyme de photographie de paysage à couper le souffle. Johannes réussit malgré tout le grand écart entre la rue et la nature en se jouant des difficultés et a transformé très tôt son hobby en métier. Ainsi, Sonra et Solebox, entre autres, misent régulièrement sur le talent de ce trentenaire.

Johannes, les baskets ou la photo ? Qu'est-ce qui est venu en premier ?
Difficile à dire. J'ai le sentiment que les deux sont arrivés relativement en même temps chez moi. Disons-le comme ça : j'avais déjà avant un amour pour les caméras vidéo, mais c'est par les sneakers que mon intérêt pour la photo au-delà de l'image animée s'est aussi éveillé. Je voulais sortir et photographier. Mes baskets tombaient à pic comme modèles. Je pouvais ainsi simplement faire des photos avec ambition et expérimenter à tout moment et partout, sans dépendre de l'aide de quelqu'un. "Learning by doing" était la devise à l'époque - et elle l'est encore aujourd'hui ! (sourire)

"L'amour du détail est l'aspect le plus important"

Quel est pour toi l'aspect le plus important en matière de photos de baskets ?
L'amour du détail ! Je trouve ça génial quand on saisit les éléments de la chaussure ou de la collection et qu'on les interprète à sa façon. Si on réussit ensuite encore à représenter le tout de manière cohérente et aboutie, une bonne série naît. En général, je trouve extrêmement important de s'intéresser à ce qu'on veut photographier. Par exemple, une basket a simplement l'air la plus avantageuse sous certains angles, il faut donc aussi essayer de représenter ces angles dans le shooting. Au-delà de ça, il y a encore des dizaines d'autres détails auxquels il faut à mes yeux faire attention - mais j'ai peut-être aussi développé un regard un peu trop nerd là-dessus au fil des ans. Le profane ne remarquera peut-être même pas ces choses, mais pour moi c'est sur ce point que le bon grain se sépare de l'ivraie.

Avec quel équipement shootes-tu et comment gères-tu les réglages techniques ?
Pour mes travaux de commande, j'utilise un appareil plein format avec divers objectifs, l'éventail va de la focale fixe au zoom grand angle en passant par le téléobjectif. Cet équipement offre simplement une marge de manœuvre avec laquelle on peut tout couvrir - pour un travail professionnel, c'est indispensable. Pour mes autres projets et mon temps libre, ça peut aussi volontiers être un setup un peu plus minimaliste. Souvent, ça allège énormément de n'avoir qu'une seule option à disposition - par exemple de n'utiliser qu'une focale fixe de 24mm. Il faut s'y engager et en faire quelque chose, sans se casser la tête sur d'éventuelles alternatives. C'est en fait ma manière préférée de photographier.

"J'expérimente beaucoup"

Comment décrirais-tu ton propre style et comment crois-tu réussir à te démarquer des autres photographes de ce métier ?
Se décrire soi-même est naturellement toujours difficile. J'affirmerais de moi-même que j'essaie de représenter dans mes images l'amour du détail évoqué plus haut, associé justement à la passion palpable pour la matière. Par mon penchant pour la photo outdoor, un élément distinctif se crée chez moi automatiquement, je pense, puisque j'aime mélanger les deux mondes et les laisser s'influencer mutuellement. En plus, je suis toujours à la recherche de nouvelles techniques et formes de représentation, j'expérimente actuellement beaucoup avec les GIF et de petits motifs en image animée, des variantes de cinémagraphes et ce genre de choses... En général, j'essaie toujours de penser un pas plus loin et de ne pas courir après des tendances existantes, mais d'en créer moi-même. J'absorbe l'inspiration à travers mon quotidien, à travers Internet et en particulier à travers la musique - j'essaie de faire entrer tout ça dans mon propre travail.

Quel projet compte parmi tes préférés ?
Il y a déjà eu quelques projets qui m'ont beaucoup marqué. Je me souviens tout particulièrement avec plaisir de notre projet au Canada et en Alaska l'été dernier. Il y a là simplement des souvenirs incroyables et quelques-unes de mes photos préférées jusqu'ici sont nées pendant ce voyage. En général, je préfère travailler avec d'autres personnes qui partagent le même état d'esprit, c'est aussi la raison pour laquelle j'ai lancé deux collectifs, aussi bien dans le domaine outdoor que dans le domaine street (German Roamers et allupinitt, ndlr). L'échange créatif est super important pour moi, et j'aime travailler concrètement à des projets ensemble et vraiment créer des images sur place. La plupart de mes meilleurs souvenirs ont à voir avec mes homies de la photo, ensemble nous avons vécu d'innombrables moments que nous n'oublierons jamais. Partager ces moments particuliers et utiliser l'énergie qui en résulte comme source d'inspiration représente pour moi l'un des aspects les plus importants de mon travail créatif. En plus, ça vaut vraiment sacrément cher d'avoir des collègues qui te donnent aussi parfois un retour critique. Ça m'a fait avancer encore et toujours ces dernières années.

"Chaque ville a des spots cools pour les photos de baskets"

Quel conseil as-tu pour les gens là dehors qui ont eux aussi envie de faire des photos de baskets ?
Sortir et faire des photos ! Seul celui qui s'entraîne peut devenir meilleur. La théorie est certes importante, mais la pratique est indispensable quand on veut progresser en photo. On ne peut rien faire de mal, alors il suffit d'essayer, d'expérimenter et d'apprendre.

Tu as déjà énormément bourlingué, alors s'il te plaît, ton top 3 des villes pour les photos de baskets ?
Je crois qu'en fait il y a dans chaque ville des spots cools où on peut faire des images expressives. C'est aussi pour moi toujours l'un des grands avantages de la photo de sneakers : au fond, un tout petit coin bien adapté suffit pour faire une photo énorme. Quand il faut un peu plus de contexte, comme par exemple pour un shooting apparel, alors on a naturellement plutôt besoin d'un lieu parlant. Les villes de rêve pour notre genre sont à mes yeux Londres et Paris. J'aime aussi beaucoup Zurich, la ville là-bas est tellement clean et il y a extrêmement de places cools avec de petits détails. Ça donne vraiment envie !

Et ton top 3 des sneakers ever ?
Comment se fixer là-dessus ? Si on en prend une, ça fait mal parce qu'on en laisse une autre de côté... (rires) Pour toujours et à jamais, la meilleure sortie d'Air Max 1 (encore portable) se hissera définitivement dans mon top 3 : l'History of Air de 2005 ! Là, tout est simplement juste. Attribuer les deux autres places m'est ensuite nettement plus difficile. Je vais simplement citer deux chaussures que je ne posséderai sans doute jamais, mais qui - si je les avais - atterriraient à peu près sûrement dans le top 3 : l'Air Max 1 "Try On" et la Nike MR-V "Infrared".

Johannes sur Instagram : instagram.com/pangea

Johannes dans l'interview Latest-Pickup

photos: @pangea

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Amadeus Thüner

Amadeus travaille pour une grande agence de relations publiques et voue une passion de longue date aux sneakers. En tant que rédacteur indépendant, animateur et “touche-à-tout des médias” autoproclamé, il travaille également pour divers magazines ou plateformes, comme le Tätowier Magazin, ou encore pour Red Bull Music.